Terrain n° 4 · 27 juillet 2026
On ne lui a pas volé ses données, on lui a volé sa place dans Google
Jeudi matin, message d’une cliente. Son site part en vrille : une page s’affiche en chinois, des centaines de commentaires publicitaires ont poussé pendant la nuit, et Google vient de lui envoyer une alerte incompréhensible à propos de « fiches de marchand ».
Elle n’a jamais rien vendu en ligne de sa vie.
Sa première question a été celle que tout le monde pose : « est-ce qu’on m’a volé mes données ? »
Non. On lui a pris beaucoup mieux que ça.
🏴 Ce que le pirate venait vraiment chercher
Ton nom de domaine a une valeur aux yeux de Google. S’il existe depuis des années, s’il n’a jamais posé de problème, Google lui fait confiance. Cette confiance met des années à se construire et ne s’achète nulle part.
Un pirate, lui, peut la squatter. S’il arrive à publier ses pages chez toi, elles héritent de ta bonne réputation et se positionnent bien plus vite que sur un site neuf.
Imagine quelqu’un qui installe discrètement une boutique dans le hall de ton immeuble, pour profiter de la bonne adresse et du passage. C’est exactement ça. Sur ce site, il avait posé des dizaines de pages en japonais, déclaré à Google un faux plan du site annonçant 901 pages là où il y en a 12, et injecté un balisage de fiche produit sur la page d’accueil.
Résultat : un site de services qui s’affichait dans Google avec un prix et des étoiles d’avis, pour un disque de jazz japonais.
🚨 Le vrai problème, c’est que ça ne se voit pas
Deux comptes administrateurs pirates avaient été créés, pas un. C’est fait exprès : tu trouves le premier, tu le supprimes, le second le recrée dans la nuit.
Et surtout, l’attaquant s’était déclaré propriétaire du site dans Google Search Console. Pas simple utilisateur, propriétaire. Autrement dit, même après le ménage, il gardait la main sur la façon dont Google voit le site.
Le détail qui m’a marqué : l’alerte n’est pas venue de ma cliente. Elle est venue de Google. Un site vitrine que personne ne regarde peut rester infecté pendant des mois sans que ça se voie.
🛠️ Côté atelier
J’ai passé 48 heures dessus. Résultat : site nettoyé, rouvert, et zéro visiteur perdu.
Mais la vraie leçon n’est pas là. Ce n’est pas la qualité du nettoyage qui a sauvé son référencement, c’est le délai de détection. Le même piratage découvert trois mois plus tard, c’était des centaines de fausses pages installées dans Google et un site à reconstruire. 48 heures, c’est un week-end de travail.
Je te raconte aussi mon erreur en cours de route, parce qu’elle est instructive : j’avais d’abord conclu que le cœur du site était sain, en le comparant à une sauvegarde. Sauf que la sauvegarde était incomplète. En reprenant la comparaison avec les fichiers d’origine officiels, j’ai trouvé 31 fichiers piégés là où j’en annonçais zéro. On ne compare jamais un site piraté à une sauvegarde.
🎯 Ton exercice de la semaine
Deux minutes, trois vérifications, sur ton site ou celui de quelqu’un à qui tu tiens.
- Tape
site:tondomaine.frdans Google. Tu dois reconnaître toutes les pages affichées. Une seule adresse bizarre ou en langue étrangère, et tu as ta réponse. - Ouvre Google Search Console, va dans Paramètres puis Utilisateurs et autorisations. Regarde la liste, propriétaires compris. Tout nom inconnu doit sauter.
- Vérifie tes comptes administrateurs. Tu dois pouvoir mettre un visage sur chacun.
Si les trois sont propres, tu es tranquille. Si l’une des trois t’inquiète, réponds à ce mail.
J’ai écrit le détail complet sur le blog : les signaux qui doivent t’alerter, la marche à suivre dans l’ordre, et la partie que presque tout le monde rate, celle où on répare sa place dans Google après le nettoyage. C’est ici.
Et toi, c’était quand la dernière fois que tu as regardé qui a accès à ta Search Console ? Réponds à ce mail, je lis tout.
À la semaine prochaine, Matthieu
PS : le disque de jazz japonais qu’elle vendait sans le savoir s’écoute plutôt bien. C’est à peu près la seule bonne nouvelle de la semaine. 🎷
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