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· Par Matthieu Daumain

Ma veille automatisée, débranchée cinq semaines plus tard

J'ai monté une veille automatique en 45 minutes, je l'ai supprimée cinq semaines plus tard. La question à poser avant de brancher une automatisation.

IA Automatisation Retour d'expérience

Le 27 juillet, j’ai supprimé un dossier, un fichier de consignes et deux tâches planifiées. Cinq minutes de ménage. C’était l’automatisation dont j’étais le plus content trente-huit jours plus tôt.

Elle était même annoncée noir sur blanc dans ma lettre du 21 juin : « cette semaine, je me suis programmé une IA qui fait ma veille chaque matin pendant que je dors ».

Elle a fonctionné. Techniquement, elle n’est jamais tombée en panne. C’est justement ce qui rend cette histoire utile.

Ce que faisait la routine, concrètement

Le dispositif tenait en deux tâches planifiées, montées le 19 juin, qui tournaient en local sur mon Mac.

La première se déclenchait tous les matins vers 8h44. Elle faisait la revue de presse du jour sur mon secteur, puis déposait un fichier daté dans un dossier veille/ du dépôt de mon site : un résumé, le détail, les liens, et les actions à envisager. Elle enregistrait et poussait le fichier toute seule.

La seconde tournait le vendredi à 13h30. Elle relisait les sept derniers fichiers, rédigeait le numéro de la semaine, attendait ma validation, publiait l’article de blog associé et me rappelait d’envoyer la version Substack à la main.

Le premier numéro, le 14 juin, avait été écrit entièrement à la main. Le deuxième, le 21 juin, sort de cette chaîne. À ce moment-là, le dispositif fait exactement ce pour quoi il a été construit.

Ce qui a changé en amont, le 12 juillet

Les deux premiers numéros étaient des lettres de curation : plusieurs sujets d’actualité, des liens, un tour d’horizon de la semaine. La revue de presse quotidienne en était le carburant direct.

Le 12 juillet, le troisième numéro change de format. Un seul sujet, raconté comme une histoire vécue, six cents à sept cents mots, au tutoiement. Ce numéro raconte mon coach sportif IA, le suivant le piratage du site d’une cliente. Aucun de ces deux sujets ne sort d’une revue de presse : ils sortent de mes semaines de travail.

Le carburant avait changé. Le réservoir, lui, continuait d’être rempli.

Je n’ai pas touché à la routine ce jour-là. Je n’y ai simplement pas pensé.

Le signal que je n’ai pas vu pendant trente-quatre jours

Le dernier fichier utile déposé dans veille/ est daté du 23 juin. Les deux tâches planifiées, elles, sont restées enregistrées jusqu’au 27 juillet.

Je vais être précis sur ce que je sais et ce que je ne sais pas : je suis incapable de dire si la tâche du matin s’est déclenchée à vide pendant ces trente-quatre jours, ou si elle a calé sans que je le remarque. Ce qui est certain, c’est que plus rien d’utile n’est arrivé après le 23 juin, et que je ne l’ai pas vu avant le 27 juillet.

Le signal était pourtant disponible, et gratuit : un dossier censé se remplir chaque matin dont le fichier le plus récent avait un mois. Personne ne va vérifier la date de modification d’un dossier qui se remplit tout seul. C’est le défaut de conception de mon dispositif : je l’avais équipé pour surveiller son exécution, pas son usage.

Le constat est tombé le 26 juillet, en resynchronisant mon historique de numéros sur l’archive Substack. Trois écarts relevés, dont celui-là. Le lendemain, j’ai supprimé le dossier et les tâches, et j’ai écrit ceci dans le fichier de référence de la newsletter. C’est copié tel quel, sans retouche :

La revue de presse quotidienne déposée dans newsletter/veille/ a été annulée le 27/07/2026. Le dossier et le prompt de routine (routine-quotidienne.md) ont été supprimés, et les deux tâches planifiées ne sont plus enregistrées dans le planificateur (leurs SKILL.md restent sur disque dans ~/.claude/scheduled-tasks/).

Raison : le format mono-sujet ne s’alimente plus à la curation d’actualité, mais au travail réel de la semaine. La matière première vient désormais des sessions de travail.

Récupérable si besoin : git log --diff-filter=D -- newsletter/veille/

La dernière ligne compte autant que les deux autres. Débrancher n’est pas détruire : la routine est récupérable en une commande si le besoin revient.

Ce que ça m’a pris, ce que ça m’a coûté

Construire les deux routines m’a pris 45 minutes. C’est le chiffre exact, et il explique une partie de l’histoire : quand une chose coûte trois quarts d’heure à installer, on ne se demande pas très fort si elle mérite d’exister.

Ce que ça a coûté de la garder, en euros, je ne l’ai pas mesuré. Je ne vais pas vous fabriquer un chiffre pour faire joli.

Le vrai coût n’était de toute façon pas là. Il était dans la place que ce dispositif occupait dans ma tête, dans la colonne des choses qui tournent, alors qu’il ne servait plus rien ni personne. Une automatisation morte qui reste branchée vous ment sur l’état de votre propre organisation.

Transposez chez vous : le tableau de bord que votre logiciel envoie chaque lundi, la relance automatique qui part sans que personne ne lise les réponses, le rapport mensuel qui arrive dans une boîte partagée que plus personne n’ouvre depuis le départ d’un salarié. Ce ne sont pas des pannes, et c’est ce qui les rend difficiles à repérer. Ces dispositifs marchent parfaitement, dans le vide.

Un mécanisme voisin, monté à la même période sur un autre terrain, a tenu : mon coach sportif IA écrit chaque soir une note que je lis avant de partir courir le lendemain matin. Le lecteur était identifié dès la première minute, et la décision aussi, l’allure de la séance du jour. C’est toute la différence entre les deux.

Ce qui tourne aujourd’hui : rien

Au 2 août 2026, plus rien du dispositif automatisé de la newsletter ne tourne. La lettre s’écrit à la main, à partir de mes semaines de travail.

Je n’ai pas de fin heureuse à vous vendre. Le chantier est en pause. Il repartira sur une autre base, un second cerveau construit avec Obsidian, l’endroit où la matière de mon travail atterrit déjà. La question à trancher n’est plus technique, elle est en amont : qu’est-ce qui mérite d’être capté au quotidien, et pour quel usage.

C’est aussi le rôle du rétainer ops IA chez mes clients. On croit qu’il sert à construire des automatisations. Il sert au moins autant à passer en revue ce qui tourne et à débrancher ce qui ne sert plus à personne.

Questions fréquentes

Comment savoir si une automatisation sert encore ? Regardez l’aval, jamais l’amont. Une automatisation qui ne tombe jamais en panne peut être inutile depuis des mois. Deux indices concrets : la date du dernier élément produit qui a été réellement ouvert ou utilisé, et le nom de la personne qui l’a ouvert. Si vous ne pouvez répondre ni à l’un ni à l’autre, vous avez votre réponse.

Faut-il supprimer ou mettre en pause ? Supprimer, à condition de savoir remettre la main dessus. Une automatisation en pause reste dans votre liste mentale des choses qui tournent, et elle continue de vous rassurer à tort. Dans mon cas, la routine supprimée reste récupérable en une commande, et je l’ai écrit dans le fichier de référence pour ne pas avoir à m’en souvenir.

Est-ce que ça veut dire que l’automatisation ne vaut rien ? Non. Le dispositif a rempli sa fonction pendant la période où il avait un lecteur et un usage. Ce qui a changé, c’est l’usage en amont, pas la qualité de la machine. La leçon n’est pas de moins automatiser, elle est de dater ses automatisations et de les revoir comme on revoit un abonnement.

Au bout de combien de temps juger une automatisation ? Fixez la date de revue le jour où vous branchez, pas après. Pour une routine quotidienne, un premier point à trois mois est raisonnable. Ce qui compte n’est pas la durée exacte, c’est que la date existe avant que le dispositif ne tourne, sinon personne ne la posera jamais.

Vous voulez savoir ce qui, chez vous, mérite d’être branché et ce qui doit rester à la main ? C’est exactement ce que cartographie le Diagnostic Mi-Temps : une journée sur site ou en visio, un rapport écrit et une restitution d’une heure. Première étape, trente minutes en visio pour le cadrer.

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